En bref
- Le chancre provoque des déformations et des nécroses de l’écorce sur le tronc et les branches des arbres
- Des champignons comme Nectria galligena ou des bactéries du genre Pseudomonas causent cette maladie
- La bouillie bordelaise constitue le traitement de référence contre le chancre des arbres fruitiers
- La taille des parties atteintes et la désinfection des outils de taille permettent de limiter la propagation
Qu’est-ce que le chancre des arbres ?
Le chancre des arbres désigne une maladie cryptogamique ou bactérienne qui provoque des ulcérations de l’écorce. Cette pathologie tire son nom du latin cancer, qui signifie « crabe », en référence à la façon dont la maladie « ronge » progressivement les tissus végétaux. Le chancre affecte principalement les arbres fruitiers comme les pommiers, les pruniers et les cerisiers, mais touche également de nombreuses essences ornementales.
Les agents pathogènes responsables du chancre pénètrent dans l’arbre par des blessures de l’écorce. Ces plaies peuvent résulter de la taille, du gel, de la grêle ou de blessures naturelles. Une fois installé, le champignon ou la bactérie se développe dans les tissus corticaux et provoque leur nécrose progressive.
Les symptômes caractéristiques du chancre
Le chancre se reconnaît facilement grâce à plusieurs symptômes distinctifs. L’écorce présente des taches brunes et concaves qui s’étendent rapidement autour de la zone infectée. Ces lésions évoluent vers des crevasses, des boursouflures et des déformations importantes de l’écorce.
Un chancre bactérien provoque souvent des écoulements de gomme dorée ou de résine, particulièrement visibles sur les arbres fruitiers à noyaux. Le bois sous-jacent subit également une nécrose qui affaiblit considérablement la structure de l’arbre. Au niveau du chancre, les bourgeons avortent et les feuilles jaunissent avant de tomber prématurément.
Sur les arbres atteints, des fructifications de couleur rouge peuvent apparaître sur les zones malades. Ces structures correspondent aux organes reproducteurs du champignon responsable de l’infection. Le chancre coloré du platane présente par exemple des caractéristiques visuelles très spécifiques.
Les principales causes du développement des chancres
Plusieurs facteurs favorisent l’apparition et le développement des chancres sur les arbres. Les conditions climatiques jouent un rôle déterminant : les automnes et printemps pluvieux favorisent la germination des spores fongiques. L’humidité prolongée facilite également la multiplication des bactéries pathogènes.
Les blessures constituent la principale porte d’entrée des agents pathogènes. La taille mal réalisée ou effectuée avec des outils de taille non désinfectés représente un risque majeur de contamination. Les stress subis par l’arbre, comme la sécheresse ou une mauvaise nutrition, affaiblissent ses défenses naturelles et le rendent plus vulnérable aux infections.
Le chancre du châtaignier : un cas particulier
Le chancre du châtaignier, causé par le champignon Cryphonectria parasitica, illustre parfaitement la gravité de cette maladie. Originaire d’Asie, ce pathogène a provoqué la quasi-disparition du châtaignier américain en seulement cinquante ans après son introduction en 1904. En France, le chancre du châtaignier est présent depuis 1956 et s’est étendu à l’ensemble de la châtaigneraie.
Ce champignon produit des spores qui se dispersent par le vent, la pluie et les insectes. L’écorce devient rougeâtreuse et fissurée, avec la formation de bourrelets cicatriciels caractéristiques. Des fructifications de couleur rouge apparaissent sur les zones infectées, visibles une grande partie de l’année.
Les traitements contre le chancre
Le traitement du chancre nécessite une approche méthodique et rigoureuse. Il convient d’abord d’éliminer toutes les parties atteintes en taillant jusqu’au bois sain. Cette opération doit être réalisée avec des outils de taille parfaitement désinfectés à l’alcool ou au vinaigre dilué pour éviter la propagation de la maladie.
La bouillie bordelaise représente le traitement de référence contre le chancre. Il suffit d’appliquer ce fongicide à base de cuivre sur l’arbre entier, y compris le feuillage. Les traitements à la bouillie bordelaise doivent être répétés avant, pendant et après la chute des feuilles, puis avant le départ de la végétation au printemps.
Pour les chancres de taille limitée, il est possible de cureter la plaie en enlevant tous les tissus malades jusqu’au bois sain. Après cette intervention, il convient d’appliquer un mastic cicatrisant contenant un fongicide, puis de traiter l’arbre entier avec la bouillie bordelaise.
La prévention du chancre
La prévention reste la meilleure stratégie contre le chancre des arbres. Il est préférable de surveiller régulièrement l’état sanitaire des arbres et arbustes pour détecter rapidement les premiers symptômes. La taille doit être effectuée en période sèche, de préférence en fin d’hiver ou en été pour les arbres à noyaux.
La désinfection systématique des outils de taille entre chaque arbre limite considérablement les risques de transmission. Il convient également de maintenir les arbres en bonne santé par un arrosage adapté et une fertilisation équilibrée. Une fertilisation azotée tardive en juillet-août peut favoriser l’apparition de chancres et doit être évitée.
Les déchets de taille provenant d’arbres malades doivent être brûlés et ne jamais être utilisés pour le compostage ou le paillage. Cette précaution évite la dissémination des spores dans le jardin. La gommose et la moniliose présentent des symptômes parfois similaires et nécessitent des traitements spécifiques.
Les espèces d’arbres les plus sensibles
Presque toutes les essences peuvent être touchées par un chancre, mais certaines présentent une sensibilité particulière. Les arbres fruitiers du genre Prunus, incluant les cerisiers, pruniers, pêchers et abricotiers, sont fréquemment atteints par le chancre bactérien. Les pommiers et poiriers subissent régulièrement des attaques de chancre européen causé par Nectria galligena.
Parmi les essences ornementales, les cyprès souffrent du chancre cortical, tandis que les rosiers développent leur propre forme de chancre. Le hêtre, les saules, les bouleaux, les érables et les peupliers figurent également parmi les espèces sensibles. Même certains conifères comme les séquoias peuvent être affectés par cette maladie.
Quand faut-il abattre un arbre atteint de chancre ?
Dans certains cas graves, l’abattage de l’arbre devient nécessaire pour éviter la propagation du chancre aux autres végétaux. Cette décision s’impose lorsque le chancre affecte le tronc principal ou plusieurs grosses branches de manière irréversible. Un arbre dont le tronc présente un chancre qui fait le tour complet de sa circonférence ne peut généralement pas être sauvé.
Il est préférable d’attendre au moins un an avant de replanter un nouvel arbre au même emplacement. Cette précaution permet d’éviter la contamination du jeune plant par d’éventuels résidus pathogènes présents dans le sol. La criblure des arbres peut également nécessiter des mesures de prévention similaires.
FAQ
Comment reconnaître un chancre bactérien d’un chancre fongique ?
Le chancre bactérien provoque généralement des écoulements de gomme ou de résine, particulièrement visibles sur les arbres fruitiers. Le chancre fongique se caractérise plutôt par la présence de fructifications colorées et de bourrelets cicatriciels autour des lésions.
La bouillie bordelaise peut-elle être utilisée toute l’année contre le chancre ?
La bouillie bordelaise s’applique de préférence avant, pendant et après la chute des feuilles, puis avant le départ de la végétation. Il convient d’éviter les traitements en pleine floraison pour préserver les pollinisateurs.
Un chancre peut-il se propager d’un arbre à l’autre ?
Oui, les spores du champignon ou les bactéries responsables du chancre se dispersent par le vent, la pluie, les insectes et les outils de taille non désinfectés. La contamination entre arbres proches reste très fréquente.
Existe-t-il des variétés d’arbres résistantes au chancre ?
Certaines espèces présentent une tolérance naturelle au chancre. Le châtaignier japonais résiste mieux au chancre que les variétés européennes ou américaines. Il convient de se renseigner auprès des pépiniéristes sur les variétés les plus résistantes.