En bref
- Les campagnols sont des rongeurs herbivores qui se nourrissent exclusivement de végétaux et peuvent consommer jusqu’à deux fois leur poids par jour
- Le campagnol des champs vit en surface et crée des coulées visibles dans l’herbe, tandis que le campagnol terrestre creuse un réseau de galeries souterraines
- Ces rongeurs connaissent des cycles de pullulation tous les 5 à 8 ans, pouvant atteindre plus de 1000 individus par hectare
- La lutte combine protection physique, piégeage et gestion de l’habitat pour maintenir les populations à un niveau acceptable
Les différentes espèces de campagnols
Le campagnol des champs (Microtus arvalis)
Le campagnol des champs mesure entre 8 et 12 cm pour un poids de 15 à 50 grammes. Son pelage présente un dos marron et un ventre gris, avec des oreilles bien apparentes qui le distinguent des autres rongeurs. Cette espèce vit principalement en surface et se nourrit de tiges, feuilles, collets, fruits et graines. La lutte contre ces petits rongeurs nécessite une approche adaptée à leur mode de vie.
Les campagnols des champs creusent des galeries pour leurs nids et le stockage de nourriture, mais se nourrissent principalement en surface. Ils laissent des traces caractéristiques : des chemins dans l’herbe appelés « coulées », des entrées de terriers bien ouvertes avec souvent de l’herbe coincée à l’entrée, et des déjections noires ou vertes près des trous.
Le campagnol terrestre (Arvicola terrestris)
Plus imposant que son cousin des champs, le campagnol terrestre mesure de 12 à 22 cm et pèse entre 80 et 180 grammes. Ce rongeur souterrain exploite souvent les galeries des taupes et crée son propre réseau avec ses incisives. Il évacue la terre avec ses pattes arrière, formant des taupinières de terre fine aux formes irrégulières.
L’Arvicola terrestris creuse deux types de galeries : un réseau superficiel à 20 cm de profondeur pour se nourrir, et un réseau profond jusqu’à un mètre pour se reproduire et se réfugier. Ce campagnol terrestre consomme principalement des racines, bulbes et rhizomes, pouvant ingérer quotidiennement l’équivalent de son poids en nourriture.
Le campagnol amphibie (Arvicola sapidus)
Le campagnol amphibie se distingue par son mode de vie semi-aquatique et son statut d’espèce protégée depuis 2012. Ce rongeur vit le long des berges végétalisées des cours d’eau, étangs et mares. Son pelage brun foncé sur le dessus et gris-brun dessous, ainsi que sa queue longue de 10 à 14 cm, permettent de l’identifier.
Cette espèce herbivore strict se nourrit de plantes hydrophiles comme les joncs, iris et roseaux. L’Arvicola sapidus forme de longues coulées sous la végétation des berges et laisse des crottes caractéristiques de 8 à 15 mm, de couleur vert foncé à noire.
Reproduction et cycles de pullulation
Les campagnols présentent une capacité de reproduction remarquable qui explique leurs pullulations cycliques. Le campagnol des champs atteint sa maturité sexuelle à 3-4 semaines et produit 3 à 6 portées par an de 4 à 5 petits chacune. La gestation ne dure que 3 semaines, permettant une multiplication rapide des effectifs.
Le campagnol terrestre suit un schéma similaire avec une maturité sexuelle vers 2,5 mois et environ 6 portées durant sa vie de 6 à 8 mois. Chaque portée peut compter jusqu’à 8 petits après 21 jours de gestation. Ces cycles de reproduction expliquent pourquoi la lutte contre les rongeurs doit être anticipée et régulière.
Les pullulations surviennent tous les 5 à 8 ans selon les espèces. Durant ces périodes, la densité peut passer de quelques couples à plus de 1000 individus par hectare, causant des dégâts considérables aux cultures et aux jardins.
Dégâts causés par les campagnols
Impact sur les cultures et prairies
Les campagnols des champs dévastent rapidement la flore des prairies et cultures céréalières. Même en faible nombre, 10 à 20 individus peuvent causer des dommages importants sur les plantations maraîchères et arboricoles. Ces rongeurs s’attaquent particulièrement au colza, blé et autres céréales.
Le campagnol terrestre cause des dégâts différents mais tout aussi préoccupants. Il s’attaque au système racinaire des arbres fruitiers, provoquant un affaiblissement ou la mort des jeunes plants. Les porte-greffes nanifiants se révèlent particulièrement sensibles aux attaques de ces rongeurs souterrains.
Conséquences économiques et sanitaires
Au-delà des pertes directes de récoltes, les campagnols terrestres causent un appauvrissement du sol et une réduction du rendement des cultures. Leur activité contamine les fourrages par la terre, favorisant le développement de bactéries responsables de la fermentation butyrique du lait.
Des risques sanitaires existent pour les agriculteurs et jardiniers, notamment la transmission de l’échinococcose alvéolaire et de la leptospirose. Ces maladies justifient la prise de précautions lors des travaux de lutte contre ces rongeurs.
Méthodes de lutte et prévention
Protection physique
L’installation de chaussettes en grillage galvanisé constitue une protection durable contre les campagnols terrestres. Il convient d’utiliser un grillage à maille de 13 mm maximum, placé dans la fosse de plantation et remonté le long du tronc pour protéger à la fois les racines et le collet.
Cette méthode préventive s’avère particulièrement recommandée pour les jeunes arbres fruitiers et les plantations à forte valeur économique. Le grillage doit être suffisamment profond pour empêcher les rongeurs de passer en dessous.
Piégeage et techniques mécaniques
Le piégeage reste une méthode de choix pour maintenir les populations de campagnols à un niveau acceptable. Les pièges à guillotine, comme le modèle Topcat, offrent une solution rapide et efficace. Ces techniques de piégeage fonctionnent également pour d’autres petits rongeurs.
Il convient de placer les pièges dans les galeries actives, en hiver et au début du printemps pour une efficacité maximale. Le piégeage accidentel des taupes aide indirectement la lutte, car les campagnols terrestres utilisent leurs galeries.
Gestion de l’habitat et prévention
La perturbation régulière des galeries par le pâturage, la fauche ou le décompactage limite l’installation des campagnols. Il est recommandé de réduire les surfaces enherbées, car plus de 80% de couverture herbacée favorise les pullulations.
Le fauchage tardif doit être évité au pied des arbres, même s’il peut être pratiqué dans les interlignes. Le paillage est à proscrire dans les zones à risque, car il offre un abri supplémentaire aux rongeurs.
Favoriser les prédateurs naturels
L’encouragement des prédateurs naturels constitue une approche écologique durable. Les renards, buses, faucons, chouettes, hiboux, hermines et fouines régulent naturellement les populations de campagnols. L’installation de perchoirs de 2 à 4 mètres avec une barre transversale attire les rapaces.
Il convient de maintenir des arbres morts, haies et tas de pierres pour offrir des abris aux prédateurs. La pose de nichoirs adaptés et la reconnaissance du renard comme auxiliaire du jardinier participent à cet équilibre naturel.
Produits répulsifs et alternatives naturelles
Le tourteau de ricin constitue un répulsif naturel contre les campagnols, grâce à la ricine qu’il contient. Il suffit d’incorporer 150 à 200 grammes de ce produit dans la terre autour de chaque arbre. Attention, la manipulation doit se faire avec précaution en raison de la toxicité de la ricine.
Cette solution présente un effet limité dans le temps et nécessite des applications régulières. D’autres méthodes complémentaires doivent être envisagées pour une protection durable des plantations contre ces rongeurs herbivores.
Protection du campagnol amphibie
Le campagnol amphibie bénéficie d’un statut de protection particulier en raison de son déclin préoccupant. Ses effectifs ont diminué de 10 à 20% en dix ans sur la France, l’Espagne et le Portugal. La disparition des zones humides, les travaux sur berges et la concurrence avec les espèces invasives expliquent cette régression.
Lors du piégeage des ragondins ou rats musqués, tout campagnol amphibie capturé accidentellement doit être relâché immédiatement. Il convient de limiter les travaux de fauche des berges, d’éviter le dénudement et de restreindre le curage aux lits des cours d’eau.
FAQ
Comment distinguer un campagnol d’une taupe ?
Le campagnol terrestre crée des taupinières de terre fine aux formes irrégulières et au réseau anarchique, tandis que les taupes forment des monticules réguliers avec des galeries rectilignes. De plus, les taupes sont insectivores et constituent des alliées du jardinier.
Quand intervenir contre les campagnols ?
La lutte doit commencer dès l’observation des premiers signes de présence : coulées dans l’herbe, taupinières irrégulières ou dégâts sur les racines. L’intervention précoce évite les pullulations difficiles à contrôler.
Les campagnols reviennent-ils après traitement ?
Les campagnols peuvent recoloniser un territoire traité, surtout durant les années de pullulation. Une surveillance régulière et des mesures préventives permanentes restent nécessaires pour maintenir des populations acceptables.
Peut-on utiliser des produits chimiques contre les campagnols ?
L’usage de produits chimiques est réservé aux professionnels et déconseillé en gestion familiale. La bromadiolone présente des risques pour les prédateurs, tandis que le phosphure de zinc reste moins toxique mais moins efficace.