En bref
- La greffe par incrustation convient particulièrement aux abricotiers, cerisiers et pruniers sensibles à la gommose.
- Cette technique nécessite un greffon taillé en biseau triangulaire et une entaille correspondante sur le porte-greffe.
- Le greffage s’effectue principalement au printemps, entre mars et avril, avant la floraison des arbres.
- La méthode exige plus de précision que la greffe en fente mais reste moins mutilante pour l’arbre.
- Les greffons se récoltent en hiver et se conservent au frais jusqu’au moment du greffage.
Principe et avantages de la greffe par incrustation
La greffe en incrustation, également appelée greffe en V, constitue une variante raffinée de la greffe en fente. Cette technique de multiplication consiste à insérer un greffon dans une entaille triangulaire pratiquée sur le porte-greffe. L’avantage principal de cette méthode réside dans la taille réduite de l’entaille, qui limite considérablement les risques d’infection et de gommose.
Les arbres fruitiers à noyaux sur tige bénéficient particulièrement de cette approche moins traumatisante. La greffe par incrustation permet de surgreffer des arbres existants ou de multiplier des variétés rares sans compromettre la santé du porte-greffe. Cette technique de greffage offre également la possibilité de créer des arbres multivariétés en greffant plusieurs cultivars sur un même sujet.
Contrairement aux greffes traditionnelles qui nécessitent des coupes importantes, la greffe d’arbre par incrustation préserve la structure du porte-greffe. Cette caractéristique s’avère particulièrement précieuse pour les espèces fruitières sensibles aux champignons et aux bactéries pathogènes.
Matériel et préparation des greffons
La réussite de la greffe par incrustation dépend largement de la qualité du matériel utilisé et de la préparation minutieuse des greffons. Les outils indispensables comprennent un greffoir parfaitement affûté, un sécateur de qualité, du raphia ou un élastique de greffage, ainsi qu’un mastic spécialement conçu pour protéger les plaies.
Les greffons se prélèvent sur des rameaux vigoureux de l’année, d’un diamètre d’environ 5 millimètres. La récolte s’effectue en janvier-février pour les greffages de printemps, ou en août-septembre pour les greffages d’automne. Ces rameaux doivent provenir d’arbres sains, exempts de virus et de maladies cryptogamiques.
La conservation des greffons nécessite des conditions particulières. Il convient de les stocker dans un local frais et aéré, enveloppés dans un linge humide ou placés dans du sable légèrement humidifié. Cette méthode de conservation maintient la viabilité des bourgeons jusqu’au moment du greffage.
Technique de réalisation de la greffe en incrustation
La technique de greffe par incrustation se déroule en plusieurs étapes précises qui conditionnent la réussite de l’opération. La préparation du greffon constitue la première phase critique. Il faut tailler la base du greffon en biseau triangulaire sous un œil bien formé, en veillant à obtenir une surface de coupe parfaitement lisse et nette.
Le porte-greffe nécessite également une préparation soignée. Après avoir étêté la branche ou le tronc à l’aide d’un sécateur ou d’une scie selon le diamètre, il faut parer la coupe pour obtenir une surface plane. L’entaille triangulaire se pratique ensuite sur un côté du porte-greffe, avec une profondeur correspondant exactement au diamètre du greffon.
L’assemblage constitue l’étape la plus délicate de cette technique de greffage. Le greffon s’insère dans l’encoche en veillant à faire coïncider parfaitement les cambiums des deux parties. L’œil du greffon doit se positionner au niveau de la coupe du porte-greffe, tourné vers l’extérieur pour favoriser son développement.
La ligature assure le maintien de l’assemblage pendant la phase de soudure. Un raphia ou un élastique spécialisé permet de serrer fermement les deux parties sans compromettre la circulation de la sève. La greffe à l’anglaise utilise une technique similaire de ligature, adaptée aux greffons de même diamètre.
Période optimale et conditions de réussite
La période de réalisation conditionne largement le succès de la greffe par incrustation. Le printemps, entre mars et avril, constitue la période optimale pour la plupart des espèces fruitières. Cette période correspond au réveil végétatif des arbres, avant l’ouverture des bourgeons floraux.
Certaines espèces, notamment les cerisiers et les pruniers, tolèrent également un greffage en septembre. Cette période automnale présente l’avantage d’utiliser des greffons fraîchement prélevés, mais nécessite une protection hivernale renforcée dans les régions aux hivers rigoureux.
Les conditions météorologiques influencent directement les chances de réussite. Il convient d’éviter les périodes de gel, de forte chaleur ou de pluie prolongée. Une température comprise entre 10 et 20 degrés Celsius, associée à une hygrométrie modérée, favorise la cicatrisation et la reprise des greffons.
Le choix du porte-greffe joue un rôle déterminant dans la réussite de l’opération. Il doit présenter une bonne compatibilité avec la variété greffée, une résistance adaptée aux conditions locales et une vigueur appropriée à la forme d’arbre souhaitée.
Soins post-greffage et surveillance
Les soins apportés après la réalisation de la greffe en incrustation déterminent largement le taux de réussite de l’opération. L’application d’un mastic de qualité protège les plaies contre le dessèchement et les infections. Ce mastic doit recouvrir hermétiquement toutes les surfaces de coupe, y compris l’extrémité du greffon.
L’ébourgeonnage constitue une opération indispensable au développement du greffon. Il faut supprimer régulièrement toutes les pousses qui se développent sur le porte-greffe, car elles concurrencent directement le greffon pour la captation de la sève. Cette surveillance doit se poursuivre pendant toute la première année de développement.
Les premiers signes de reprise apparaissent généralement trois à quatre semaines après le greffage printanier. Le gonflement des bourgeons, puis l’apparition des premières feuilles, confirment la réussite de la soudure entre les deux parties. Pour les greffages de septembre, la reprise ne devient visible qu’au printemps suivant.
La protection contre les ravageurs et les maladies nécessite une attention particulière durant cette période critique. Les jeunes pousses issues du greffon présentent une sensibilité accrue aux pucerons et aux champignons pathogènes. Des traitements préventifs doux permettent de préserver la santé de la jeune greffe.
FAQ
Quels arbres fruitiers conviennent le mieux à la greffe en incrustation ?
Les arbres fruitiers à noyaux comme les abricotiers, cerisiers, pruniers, amandiers et pêchers bénéficient particulièrement de cette technique. Ces espèces sensibles aux plaies et à la gommose supportent mieux les entailles réduites de la greffe par incrustation.
Combien de temps faut-il attendre avant de voir les premiers résultats ?
Les premiers bourgeons apparaissent généralement 3 à 4 semaines après un greffage printanier. Pour les greffages d’automne, la reprise devient visible au printemps suivant. La production de fruits intervient habituellement 2 à 3 ans après la réussite de la greffe.
Peut-on réaliser plusieurs greffes par incrustation sur un même arbre ?
Il est tout à fait possible de greffer plusieurs variétés sur un même porte-greffe en utilisant la technique d’incrustation. Cette approche permet de créer des arbres multivariétés particulièrement intéressants pour les petits jardins ou la conservation de variétés anciennes.