En bref
- La greffe unit un greffon porteur de la variété souhaitée avec un porte-greffe qui assure l’ancrage au sol
- Cette technique reproduit fidèlement les variétés fruitières, contrairement aux semis qui donnent des résultats aléatoires
- Les principales méthodes incluent la greffe en fente, la greffe en couronne et la greffe à l’anglaise
- Le succès dépend du contact précis entre les cambiums du greffon et du porte-greffe
- La période optimale s’étend de mars à mai selon les espèces et les techniques utilisées
Pourquoi greffer les arbres fruitiers ?
La reproduction par semis des arbres fruitiers ne garantit pas l’obtention de fruits identiques à la plante mère. Un pommier issu de pépin produit des pommes différentes de l’arbre d’origine et nécessite 10 à 15 ans avant de donner ses premiers fruits. La greffe d’un arbre fruitier permet de contourner cette limite en reproduisant exactement la variété désirée.
Le greffage des fruitiers offre plusieurs avantages pratiques. Il adapte une variété aux conditions locales grâce au choix du porte-greffe, améliore la résistance aux maladies et contrôle la vigueur de l’arbre. Un arbre greffé produit des fruits après 4 à 5 ans seulement, contre une décennie pour un semis. Cette technique permet également de cultiver plusieurs variétés sur un même porte-greffe ou de transformer un arbre existant en changeant sa variété.
Les différentes techniques de greffage
La greffe en fente
La greffe en fente convient particulièrement aux fruits à pépins comme les pommiers et les poiriers. Cette technique consiste à pratiquer une fente verticale dans le porte-greffe de 1 à 2 cm de diamètre. Greffer un pommier avec cette méthode nécessite un greffon de 4 à 5 cm taillé en biseau double, que l’on insère dans la fente en alignant les cambiums.
Le greffon doit présenter 2 à 3 bourgeons viables et être prélevé sur du bois de l’année précédente. Après insertion, il faut ligaturer solidement avec du raphia et recouvrir la zone de greffe avec du mastic pour éviter le dessèchement et les infections. Cette technique de greffe se pratique en mars-avril, lorsque la sève commence à monter dans le porte-greffe.
La greffe en couronne
La greffe en couronne s’applique aux arbres adultes dont on souhaite changer la variété ou rajeunir les branches. Cette technique de greffage consiste à couper une charpentière ou le tronc et à insérer plusieurs greffons entre l’écorce et le bois. La période optimale s’étend de mi-avril à mi-mai, quand l’écorce se décolle facilement.
Les greffons sont taillés en biseau simple et glissés sous l’écorce préalablement incisée. Cette méthode permet de greffer plusieurs variétés simultanément sur le même porte-greffe. Chaque greffon doit être maintenu par une ligature et l’ensemble protégé par du mastic de greffage pour assurer une bonne cicatrisation.
La greffe à l’anglaise
La greffe à l’anglaise nécessite un porte-greffe et un greffon de même diamètre, généralement entre 5 et 15 mm. Les deux éléments sont taillés en biseau identique puis assemblés de manière à ce que les cambiums coïncident parfaitement. Cette technique de greffe convient aux jeunes plants et aux rameaux de faible section.
L’assemblage doit être parfaitement ajusté pour garantir la soudure des tissus. Une ligature serrée maintient les deux parties en contact pendant la cicatrisation. Cette méthode de greffage se pratique en fin d’hiver ou au début du printemps, avant le débourrement des bourgeons.
La greffe en écusson
La greffe en écusson consiste à prélever un bourgeon avec un morceau d’écorce sur le greffon et à l’insérer sous l’écorce du porte-greffe. Cette technique de greffage se pratique en juillet pour un œil poussant ou en août pour un œil dormant. Elle convient particulièrement aux fruits à noyau comme les pêchers, cerisiers et pruniers.
L’incision en forme de T sur le porte-greffe permet d’insérer l’écusson qui sera maintenu par une ligature. Cette méthode de greffe nécessite moins de matériel végétal que les autres techniques et présente un bon taux de réussite quand elle est bien exécutée.
Matériel nécessaire pour le greffage
Le greffage des arbres fruitiers nécessite des outils spécifiques et de qualité. Un greffoir ou un couteau de greffe parfaitement aiguisé constitue l’outil principal. La lame doit être propre et désinfectée pour éviter la transmission de maladies. Une pierre à affûter permet de maintenir le tranchant optimal de l’outil.
Les ligatures maintiennent le greffon en place pendant la cicatrisation. Le raphia naturel, les élastiques spéciaux ou le ruban de greffage biodégradable conviennent parfaitement. Le greffage d’un prunier nécessite également du mastic de greffage pour protéger les plaies de l’humidité et des parasites.
Quand greffer les arbres fruitiers ?
La période de greffage varie selon la technique utilisée et l’espèce fruitière. Les greffes à œil poussant se pratiquent de mars à mai, quand le porte-greffe est en sève mais que le greffon reste en dormance. Cette différence de stade végétatif favorise la reprise de la greffe car le greffon absorbe la sève montante du porte-greffe.
Les fruits à pépins se greffent de mi-mars à début mai, tandis que les fruits à noyau acceptent le greffage jusqu’en mi-juillet. Certaines techniques de greffe comme l’écussonnage se pratiquent en été ou en automne avec des greffons à œil dormant. Il convient d’éviter les périodes de gel et de vent fort qui compromettent la réussite du greffage.
Conservation et préparation des greffons
Les greffons se prélèvent en hiver, entre décembre et janvier, sur du bois de l’année précédente. Ces rameaux doivent présenter un diamètre minimum de 5 mm et porter des bourgeons bien formés. La conservation au froid humide, entre 2 et 5°C, maintient les greffons en dormance jusqu’au moment du greffage.
Un sac plastique contenant du papier absorbant humide, placé dans le bac à légumes du réfrigérateur, constitue un excellent moyen de conservation. Il faut éviter la congélation qui détruit les tissus végétaux. Les greffons bien conservés restent viables plusieurs semaines et garantissent un meilleur taux de réussite des greffes.
Conseils pour réussir ses greffes
La réussite du greffage repose sur plusieurs facteurs déterminants. L’alignement précis des cambiums du porte-greffe et du greffon conditionne la soudure des tissus. Il faut travailler rapidement pour éviter le dessèchement des surfaces de coupe et maintenir une hygiène rigoureuse des outils.
La ligature doit être suffisamment serrée pour maintenir le contact sans étrangler les tissus. Une greffe en incrustation bien réalisée nécessite une protection contre les intempéries et les oiseaux. Il convient de surveiller l’évolution de la greffe et de desserrer les ligatures si elles s’incrustent dans l’écorce.
L’élimination des gourmands du porte-greffe évite la concurrence avec le greffon. Un arrosage régulier sans excès et une protection contre les ravageurs favorisent la reprise. La patience reste nécessaire car les premiers signes de réussite n’apparaissent qu’après plusieurs semaines.
Avantages et limites du greffage
Le greffage des arbres fruitiers présente de nombreux avantages pour le jardinier. Cette technique permet de reproduire fidèlement les variétés, d’adapter les fruitiers aux conditions locales et d’accélérer la mise à fruit. Elle offre également la possibilité de cultiver plusieurs variétés sur un même arbre et de transformer des arbres existants.
Cependant, le greffage présente certaines limites. La durée de vie des arbres greffés s’avère généralement plus courte que celle des arbres francs de pied. Le point de greffe constitue une zone de fragilité susceptible de casser ou de développer des maladies. La technique demande de la pratique et de la patience pour obtenir de bons résultats.
FAQ
Peut-on greffer toutes les espèces fruitières ensemble ?
Non, la greffe ne fonctionne qu’entre espèces compatibles. Il est possible de greffer des variétés d’une même espèce ou parfois entre espèces proches du même genre, comme un poirier sur cognassier. La greffe entre familles différentes reste impossible.
Combien de temps faut-il pour voir si une greffe a réussi ?
Les premiers signes de réussite apparaissent généralement 3 à 6 semaines après le greffage. Le débourrement des bourgeons du greffon indique que la soudure s’effectue correctement. Une greffe qui noircit ou se dessèche dans les premières semaines a échoué.
Où se procurer des greffons de qualité ?
Les associations de jardiniers comme les Croqueurs de Pommes organisent des bourses aux greffons. Les pépiniéristes spécialisés et les conservatoires de variétés anciennes constituent également de bonnes sources. Il est possible de prélever des greffons sur des arbres sains de son entourage avec l’autorisation du propriétaire.
Un arbre greffé peut-il redevenir sauvage ?
Si le greffon meurt, le porte-greffe peut reprendre sa croissance naturelle et produire ses propres fruits, différents de la variété greffée. Il faut surveiller et éliminer régulièrement les rejets qui poussent sous le point de greffe pour maintenir la variété désirée.